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mar 20 2012

Mon premier Brevet Randonneur de 200 km.

Published by Gilles under BRM, Calendar, Comptes rendus

C’est décidé depuis quelques semaines déjà : ce 3 mars, je me lance dans mon premier BRM de 200 kilomètres. J’ai un petit passé sportif, suis attentif à mon cardio, mais je débute dans le cyclisme, n’ai mon vélo que depuis quelques mois et réalisé deux sorties en club. Je plonge donc dans cette aventure avec une bonne dose d’optimisme, beaucoup d’humilité  et un vrai gout du challenge. Je pousse l’inconscience et le goût du danger à envisager, si c’est trop dur pour moi, de rentrer en Tec.

6H30 : c’est dans la nuit noire que je quitte ma famille endormie. La météo a l’air clémente, mais je m’équipe prudemment. Comme un vrai bleu, je n’ai pas de GPS et n’ai pas non plus préparé l’itinéraire. Je ne sais pas encore qu’après 80 kilomètres d’efforts endiablés je lâcherai le peloton au risque de me retrouver paumé dans la cambrousse.

Le long du Parc de Forest, quatre voitures de police pour une arrestation musclée. Des gars beuglent, ça crie. Le début de ma journée sportive est la fin d’une nuit de travail pour d’autres. J’aurai l’occasion d’en reparler.

Près du canal, j’avise un cyclo et le hèle de loin. Coup de chance, lui aussi rejoint le BRM. Sans lui, dois-je l’avouer, je n’aurais jamais trouvé le point de départ.

A la cafétaria du centre sportif Barca, Q.G. de l’Aurore Cyclo, je suis salué par une conviviale table d’organisateurs. Poignées de mains, feuille d’inscription,  remise de la carte à faire valider et de la feuille de route. Quelques minutes plus tard, première remarque : « T’es nouveau chez les Big Brackets ? Tu sais, c’est des anciens de chez nous ». Cette phrase, je l’entendrai plusieurs fois.

Cela n’empêche pas les conseils sympas et le rappel des fondamentaux de l’exercice : mouliner et boire souvent, beaucoup.

Je pars avec le groupe de 7H30. D’emblée ça va vite, mais à cette heure matinale je me sens une âme carnassière et très supérieure à l’enrobé drainant dans l’échelle alimentaire. Sur le plan technique, je regrette d’avoir opté pour un pédalier à deux plateaux : aucun doute, le petit ne me servira jamais …

A quelques kilomètres du départ, un colosse qui roulait peu devant moi dans le peloton décolle, passe au dessus de son vélo et s’effondre dans le bruit mat d’un arbre qu’on abat. Je pose mon vélo (par terre, apparemment ça ne se fait pas) et me porte à son secours. Le pauvre type a l’œil effaré du boxeur sonné,  intense et perdu à la fois. Il veut se relever, mais je l’en empêche par une très légère pression sur le casque, afin qu’il reste bien allongé sur le sol. Il a la pommette droite méchamment enflée, bleue et sanguinolente. En 10 minutes, l’ambulance est là. Le malchanceux avait roulé sur un crochet du genre de ceux qui fixent les bâches des camions. Le métal vicieux s’était pris dans les rayons et avait stoppé net la roue en rencontrant la fourche. Pour le débutant que je suis, première et magistrale leçon sur la dangerosité du peloton. Penser à investir dans un bon casque.

Mais la horde sauvage reprend la route. Quelques équipes se soudent en amont, roulant côte à côté avec beaucoup d’allure. Ca avance bien mais je me sens encore comme un poisson dans l’eau. Je découvre aussi le tumulte du peloton: ça papote, ça rigole et ça éructe dans le craquement général des cadres et des pignons.

On arrive sur le canal. Sur notre côté du halage, au niveau de Hal, des lumières bleues zèbrent la nuit blême.

On distingue au loin deux combis de police et une ambulance rouge des pompiers.

En quelques secondes, nous sommes à leur hauteur. Deux plongeurs en combinaison enfilent leurs palmes, l’air grave. Ils croisent du regard des cyclistes désormais silencieux. A quelques mètres du bord, dans l’eau glauque, un cadavre émerge très nettement. On distingue sa tête et le haut d’un manteau. Une jeune policière qui ne doit pas avoir 30 ans nous fait longer les combis, embarrassée par ce cortège improbable.

J’ai furtivement l’étrange et un peu coupable impression d’être un voyeur sur une scène de crime. Je ne sais pas combien on paye les gars qui vont les samedi matin d’hiver repêcher des corps dans le canal, mais ce n’est sûrement pas assez. Aspiré par l’action collective ou rappelé à la beauté de la vie par l’horreur de l’incident, je me relance dans l’effort.

Et ça repart assez vite. Je ne parviens pas à suivre dans une côte et perds le peloton. Je me retrouve tout seul sur la chaussée sans savoir où aller, conscient que si je m’arrête ne fut-ce que deux minutes pour regarder l’itinéraire, je ne retrouverai plus personne. Heureusement j’aperçois une chasuble fluo et je remonte à grand peine à la hauteur d’un groupe, mené par des cyclos d’un club de Haute Senne. Je m’accrocherai péniblement à eux pendant cette première étape.

Après 51 kilomètres, je découvre encore assez frais le premier contrôle de Braquegnies. Ambiance conviviale, accueil sympa des randonneurs. Je remplis mes bidons, dévore ma banane et m’envoie un café brûlant. Je suis surpris par la rapidité de cette pause. Ca repart sur les chapeaux de roues. Quelques passages en pavés, vent de face, quelques côtes : mon cœur pompe trop haut dans les tours pour que je puisse continuer à suivre longtemps à ce rythme. Je force ma respiration, je bois régulièrement mais je sens que je m’épuise. Après 30 kilomètres j’abandonne l’espoir de pouvoir les suivre. Je me retrouve entre deux fermes anonymes, sans carte et sans GPS, avec pour seul compagnon l’ectoplasme d’un point de côté qui ne veut pas me lâcher. Enthousiaste, mais néanmoins pragmatique,  j’envisage de rejoindre une agglomération, d’y trouver la gare et de repartir sur Bruxelles en deuxième classe côté fenêtre.

Et c’est là, à quelques kilomètres de la frontière française, que je fais la connaissance de la fine équipe de l’Interamicale Sonégienne : Pierre-Emmanuel, Christophe et Walter. Ils me supporteront jusqu’à la fin du BRM, me dispensant généreusement leurs encouragements, leur savoir-faire cycliste et leurs orientations. Grâce à eux, j’ai non seulement terminé ces 200 kilomètres, mais je les ai vraiment savourés. 10 kilomètres avant le deuxième contrôle, je me retrouve avec Walter qui fend le vent pour moi. Mais mes forces me quittent et je me retrouve sans jus, dans la peau d’un portable en voie d’extinction. Mon cerveau reptilien envisage un scénario « mourir dans le fossé » mais opte finalement pour une alternative « manger du chocolat ». Psychosomatique ou pas, cette demi-barre de Côte d’or m’a regonflé illico. Néanmoins j’ai pédalé trop en puissance jusqu’ici et je commence à avoir mal aux genoux. Je cherche une bonne position sur la selle et je travaille du dérailleur pour éviter la douleur. Elle s’estompera mais je resterai prudent jusqu’à la fin.

Deuxième contrôle à Solre-le-château. La tenancière est super sympa et a préparé des morceaux de flamiche, sorte de cake au fromage fondu. J’en prends avec politesse en me disant que ça sent très fort, avant de réaliser que ce qui pue dans le café c’est un authentique maroilles fermier, qui en plus d’être AOC doit être aussi assez vintage, et qu’un gars du coin exhibe fièrement comme l’indéniable preuve du génie fromager français. Je m’envoie deux grands cafés, un coca et j’avale deux barres de céréales.

Et très vite nous repartons. Sur la route nous causons de tout et de rien. J’apprends plein de choses sur le vélo, les BRM, les itinéraires, les codes. J’ai affaire à des coureurs expérimentés qui ont abattu de longues distances. Je me laisse envoûter par le mythe du Paris-Brest-Paris, graal des randonneurs de grand fond que d’aucun jugent seul digne héritier de l’esprit originel du Tour de France. On trouve notre rythme et moi ça me convient, je me sens plus à l’aise sur ces 50 kilomètres, savourant le mouvement, comme si je m’étais trouvé une petite place sur la banquette arrière du char céleste. Je laisse mon esprit divaguer. Walter me confie qu’en pédalant il refait le monde. Plus terre-à-terre,  je me surprends à basiquement reluquer mon vélo et à admirer cette merveille, pourtant d’entrée de gamme, que je me suis offerte avec du bon argent durement gagné. Vient alors le temps des grandes questions essentielles : pourquoi aimons-nous le vélo? Intuitivement, je comprends qu’on se pose la question au BRM de 200 kilomètres, mais qu’on commence seulement à esquisser un début de réponse au BRM de 300 kilomètres.

On remonte un petit groupe de seniors, partis à 7H00. D’emblée on sent les cyclos qui ont du métier. Et effectivement, ils nous re-dépasseront plus tard, ayant gardé du jus pour la fin.

On revient tranquillement vers Braquegnies. L’ascenseur de Strepy se dresse au loin comme un monolithe de science-fiction. La « cantine des italiens » me donne l’eau à la bouche. La grande descente de Ronquières s’offre comme une récompense, et c’est bien à l’abri dans le cintre que je me laisse griser par la vitesse.

Les 30 derniers kilomètres sont en revanche assez pénibles. Le vent est revenu, et ça fait déjà plus de 8 heures que je suis sur mon vélo. On essaie de rouler serrés, derrière Walter qui abat courageusement tout le boulot. L’effort devient silencieux et je commence à être impatient d’arriver. Christophe égraine les kilomètres pour me redonner le moral.

On rejoint l’arrivée peu avant 17H30. Il y a du monde, la cafet’ est remplie. Je souffle 5 minutes au milieu de footeux inconnus, encore bien seul dans ma petite bulle, comme si je devais progressivement réintégrer le monde. Je m’envoie un Aquarius et un paquet de bonbons.

Très vite les affaires reprennent : ma fille va dormir chez une copine et il faut la conduire. Je salue et remercie les organisateurs, qui me félicitent aimablement, et dis au revoir aux intrépides de l’Interamicale sonégienne. Promis, on se recontacte. Puis je remonte sur mon vélo, direction Ixelles.

Je boucle donc mon premier BRM, modestement, en 9H55 minutes, sans crevaison, ni avarie, ni rien à déplorer, si ce n’est que j’y ai pris goût !

Gilles

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nov 07 2011

Sortie de ce dimanche 6 novembre 2011 9h30

Novembre, c’est l’occasion de resserrer les pelotons et de faire le plein de nouveaux membres.

Au calendrier de la fédé, c’est le calme plat. Plus de cyclosportives au programme. Le temps ne se prête plus vraiment à un weekend à la plage… Bref, ce matin, nous sommes une vingtaine au départ. Je renonce à compter, mais je remarque les habitués : Charlie, Pierre, Michel, Joel, Rik, Ronald, … Michel W. a pris congé de son club du Pajottenland et vient mesurer le niveau chez nous. Il y a aussi notre ami Philippe, William, Tanguy, … et quelques nouveaux venus.

Comme la semaine précédente, nous avons un nouveau en VTT, bien habillé de vêtements chauds et amples. Je n’ai pu que prévenir notre ami que ça n’allait pas être facile du tout et qu’il devait s’attendre à décrocher rapidement. De fait, il a décroché encore plus vite que Richard avait décroché à Lennik. Richard qui a d’ailleurs commandé un vélo de course et nous retrouvera bientôt.

J’en ai profité pour faire à ce sujet une petite mise au point pratique : ici.

A part ça, la sortie était idéale. Nous avons opté pour un peu de dénivelé nerveux avec mon nouveau cadre Look fraichement coupé. Rien de tel que le tour « Immoweb », qui a mérité ce sobriquet donné par notre Maillot Amarillo en raison des lotissements très cossus qu’il traverse entre Maleizen et Rixensart. Nous devrons un jour envoyer un dossier de sponsoring…

Le tour Immoweb, c’est aussi quelques belle côtes que nous pourrions baptiser du nom de ceux que nous y avons un jour perdu : la première vers Maleizen, où nous avons perdu notre ami VTTiste, le mur du Lac de Genval, la rue du Patch, où nous avons perdu Philippe, …

Deux camarades en perdition, c’est trop. Je renonce à faire entendre raison aux loustics qui tirent le peloton vers des moyennes d’avion de chasse. Ils font trop plaisir à voir. Je renonce aussi à convaincre les rouleurs normaux de se laisser distancer. Par contre, je me poste en camion-balai en fin de peloton et je les cueille, cramés, les uns après les autres.

La Tienne des Français, qui doit approcher les 18% de pente, finit de faire la différence. Certains ne connaissaient pas encore ce joyeux mur, dont … un français, précisément, David, que je retrouve planté sur une allée de garage avec un mauvais rapport. Tanguy aussi, malgré la fraicheur de ses 16 ans, reste planté au bas de la côte sur son grand plateau… Mais même en mettant tout à gauche, ça reste une côte de malade !

Vient ensuite la longue chaussée de Huy et ses deux côtes jusque Dion-le-Mont. William, bruxellois d’adoption, originaire de Nîmes, n’imaginait pas qu’il y avait de si beaux paysages à proximité de Bruxelles. C’est vrai que toute cette région autour de Grez-Doiceau est très bucolique.

Mais le temps avance et nous rentrons par des routes plus efficaces, mais moins champêtres. Nous longeons la chaussée de Louvain à Wavre, sur une bonne piste cyclable. Puis nous retrouvons Ottenbourg via le zoning de Wavre. De fait, c’est moins champêtre…

Il nous reste la longue côte de Terlanen pour être sûrs de bien dormir ce soir. Puis au sommet, tout le long de cette longue ligne droite avec le vent de côté vers Maleizen, je suis vraiment content du beau peloton serré que nous formons. Chacun vient prendre son petit relais en tête de peloton puis se laisse glisser vers l’arrière du coté du vent. Comme des pros. La classe !

En redescendant vers Hoeilaart, je me rends compte que William est en train de nous faire une belle fringale. Sans doutes enchanté par tous ces beaux paysages, il en a oublié de s’alimenter. Ca nous donne l’occasion de prendre une pause (et, pour moi, une pils !) à l’ancienne gare d’Hoeilaart. C’est ça aussi un club !

Le retour se fait par les belle routes de la drève des Tumulis, pas encore rendues trop dangereuses par les feuilles mortes (« les feuilles mortes, qu’on s’en ramasse une pelle »… )

Bref, environ 80km, 800m de dénivelé positif. Deux groupes de moyenne homogène. Et un rendez-vous déjà fixé même heure même endroit dimanche prochain !

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